Vous mettez les pieds pour la première fois sur un tatami. Autour de vous, des pratiquants s'inclinent, gardent le silence, s'assoient en seiza dans un ordre précis. Rien n'est laissé au hasard.
Bienvenue dans le monde du reishiki — l'étiquette traditionnelle japonaise qui, bien plus qu'un ensemble de règles, est le cœur battant de votre progression en aïkido.
Si vous pensez que le reishiki n'est qu'un folklore démodé, détrompez-vous : c'est votre premier outil de pratique, aussi essentiel que votre keikogi.
Comprenez-le, respectez-le, incarnez-le — et vous découvrirez que l'étiquette n'est pas une contrainte, mais un accélérateur puissant de votre évolution.
L'origine du reishiki : au-delà des simples bonnes manières
Le terme reishiki (礼式) se compose de rei, la politesse, le respect, l'étiquette, et de shiki, la cérémonie, la forme. « L'aïkido n'est pas pour corriger les autres, mais pour corriger soi-même. »
Dans le Japon traditionnel, le rei structure toutes les relations humaines :
c'est le lien qui harmonise l'individu et le collectif.
O Sensei Morihei Ueshiba, fondateur de l'aïkido, a fait du respect la colonne vertébrale
de son art :
« L'aïkido n'est pas pour corriger les autres, mais pour corriger soi-même. »
Le Salut en Aïkido : Ritsurei et Zarei, les Gestes à Maîtriser Absolument
-
Le rei : le respect comme fondement de la pratique
-
Le salut (rei) est l'expression visible du reishiki.
- Il ne s'agit jamais d'une soumission ni d'une idolâtrie :
- c'est une reconnaissance.
- Saluer, c'est remercier le dojo, le professeur, le partenaire — et s'engager soi-même à pratiquer avec sincérité.
-
- Le ritsurei : le salut debout
Debout, talons joints, mains le long du corps, inclinez-vous à
environ 30 degrés en gardant le dos droit.
Le regard s'abaisse mais le corps reste présent, vigilant.
Ce salut s'effectue en entrant et en sortant du tatami, ainsi qu'en début de travail avec un partenaire ou une arme. - Le zarei : le salut à genoux (seiza)
Depuis la position seiza (à genoux, assis sur les talons), posez la
main gauche puis la main droite devant vous, formant un triangle
avec les index et les pouces, et inclinez le front vers le sol sans
le toucher.
Relevez-vous main droite d'abord.
Cet enchaînement précis, répété des centaines de fois, devient une méditation en mouvement.
- Le ritsurei : le salut debout
Debout, talons joints, mains le long du corps, inclinez-vous à
environ 30 degrés en gardant le dos droit.
-
Les Règles Essentielles du Dojo Traditionnel : Ce Que Chaque Pratiquant Doit Connaître
-
- L'entrée dans le dojo : le seuil sacré
- À la porte du dojo, saluez en direction du kamiza (le côté d'honneur, où se trouve le portrait d'O Sensei).
- Le dojo n'est pas une salle de sport : c'est littéralement « le lieu où l'on étudie la Voie » (do : la voie, jo : le lieu).
- Rentrer dans le dojo sans saluer, c'est ignorer l'esprit du lieu.
-
Le placement sur le tatami : le kamiza, le shimoza et la hiérarchie
-
Le placement n'est jamais aléatoire :
- Kamiza : côté d'honneur, proche du portrait du fondateur. On ne lui tourne jamais le dos.
- Shimoza : côté opposé, réservé aux élèves, les moins gradés le plus loin du kamiza.
- Joseki et shimoseki : côtés latéraux pour les gradés et le professeur.
-
La ponctualité et la tenue : le premier signe de respect
-
En retard exceptionnellement ?
Asseyez-vous en seiza au bord du tatami et attendez l'accord du professeur.-
Arriver en retard,
c'est perturber la concentration de tous.
Prévoyez le temps de vous changer.
L'occasion de discuter, d'échanger, de nettoyer ou d'arranger le dojo, - keikogi propre, hakama correctement noué, ceinture ajustée. Une tenue négligée est une tenue qui manife du respect pour soi-même autant que pour les autres.
-
Arriver en retard,
c'est perturber la concentration de tous.
Prévoyez le temps de vous changer.
-
Le silence et la concentration : le dojo n'est pas un lieu de bavardage
-
Sur le tatami, on parle peu et on écoute beaucoup.
Les explications du professeur se reçoivent en seiza, en silence.
Chaque parole inutile dilue l'attention collective — et la vôtre.
Reishiki et Partenaire : le Respect Source de Progression Technique
-
Avant et après chaque technique : le moment de la rencontre
-
Chaque pratique avec un partenaire commence et se termine par un salut
mutuel avec l'annonce « onegaishimasu » (« je vous en prie, s'il vous plaît
») puis « arigato gozaïmashita » (« merci pour la pratique »).
Vous pouvez aussi utiliser votre langue celle-ci n'a aucune importance, pour nous français un simple "merci" suffit.
Ce mini-rituel crée un contrat : je te confie mon corps, tu me confies le tien. -
Prendre soin de son aïté : la sécurité avant tout
-
Le reishiki, c'est aussi la protection :
- on adapte l'intensité au niveau du partenaire, on ne « gagne » jamais contre son aîté ce n'est pas un adversaire, il vous permet de pratiquer juste pour apprendre meis ne vous permet pas de faire n'importe quoi avec son corps yin/yang.
-
Être partenaire pour l'apprentissage puis
adversaire pour la pratique
est une incompréhension totale de l'esprit oriental et du yin /Yang,
c'est une pratique sportive celle du plus bas niveau.
En aïkido c'est de l'incohérence. -
Dans ce cas on parle d'UKE et pas d'Aïte,
le fondateur de l'aïkido
n'a jamais employé le terme UKE terme de judo (sport martial)
En aïkido on dit que le partenaire est le miroir dans lequel se reflète notre pratique si vous Cassez votre miroir vous ne verrez plus rien.
Un partenaire respecté revient ; un partenaire blessé quitte le dojo.
-
Pourquoi le Reishiki Est-Il Indispensable pour Évoluer en Aïkido ?
-
-
L'étiquette forge le corps et l'esprit
Il développe votre jugement ce qui est essentiel dans une pratique
martiale comme l'aïkido.
À qui ai-je affaire ?
Le reishiki n'est pas décoratif : il sculpte votre posture, votre présence, votre vigilance.
S'asseoir correctement en seiza pendant de longues minutes développe votre ancrage.
Saluer avec justesse développe votre timing et votre attention. L'étiquette EST une technique. -
Le miroir de soi : le reishiki comme outil
d'introspection
Comment vous tenez-vous face à l'autorité ? Face à un débutant ?
Quand personne ne vous regarde ? Le reishiki révèle votre ego et vous donne l'occasion, à chaque salut, de le polir.
Progresser en aïkido, c'est d'abord progresser dans le respect de soi et des autres. -
La cohésion du groupe :
un climat de confiance qui booste la progression
Un dojo où le reishiki est respecté est un dojo où l'on pratique
plus fort, plus longtemps, plus sereinement.
La confiance libère l'engagement :
oser la chute, oser l'attaque sincère, oser l'erreur.
C'est ce climat qui fait progresser tout le monde, du débutant au plus expérimenté.
-
L'étiquette forge le corps et l'esprit
Il développe votre jugement ce qui est essentiel dans une pratique
martiale comme l'aïkido.
-
Les Fautes à Éviter : Ce Qu'il Ne Faut Jamais Faire sur le Tatami
-
- Traverser le tatami en coupant le cours : contournez toujours la zone de pratique.
- Enjamber ou jeter une arme présenter la lame ou la pointe à son aïté...
- Tourner le dos au kamiza en se déplaçant ou en s'asseyant.
- Corriger un pratiquant :
si vous êtes en dehors du tatamis.
Pendant la pratique avec un partenaire contentez-vous du minimum afin que la technique puisse s'exécuter.
Si vous êtes sempaï vous aurez une discussion sérieuse après le cours, sinon le cours devient un quai de gare sans concentration.
La pratique c’est fait pour exécuter une technique, pas pour discuter.
Pratiquez, ne professez pas.
ce rôle appartient au professeur. - S'allonger avoir une mauvaise attitude corporelle indiquant un manque de maitrise, courir dans le dojo, toutes les situations qui démontrent que vous ne maîtrisez rien.
- Quitter le tatami sans saluer et sans prévenir le
professeur.
Garder ses bijoux, ses chaussettes sales ou son téléphone, piercing,
bonbon chewig gum dans la bouche :
le tatami est un espace purifié et sécurisé.
Tout ce qui présente un danger pour vous ou les autres, un chewing-gum peut obstruer votre trajet et en cas d'accident empêchez quelqu'un de vous ranimer… - Mythes sur les barbus :
D'où vient cette rumeur ?
En 2015, une chaîne de télévision américaine a réalisé un test informel en prélevant des échantillons sur quelques barbes pour y chercher des bactéries fécales.
L'information a ensuite été exagérée et reprise massivement par la presse
La barbe peut agir comme une éponge qui retient la poussière, la sueur ou des résidus alimentaires si elle n'est pas lavée. Toutefois, lavée régulièrement avec du savon ou un shampooing adapté, elle n'est pas plus sale qu'un visage de rasé.
Comparaisons surprenantes : Une étude sérieuse menée en Suisse a même comparé des barbes à des poils de chiens et a montré que la plupart des chiens présentaient une charge bactérienne similaire, voire inférieure à celle mesurée sur certains hommes, sans que cela ne pose de risque sanitaire majeur.
Voilà tout le monde rassuré ! - « tchin-tchin »
il peut être prudent d'éviter « tchin-tchin » dans des contextes
très formels, professionnels ou internationaux où l'interlocuteur
pourrait ne pas maîtriser les subtilités du français et mal
interpréter le terme.
Dans ces cas-là, « Santé ! », « À votre santé ! » ou simplement lever son verre en silence sont des alternatives sûres et élégantes.
L'expression « tchin-tchin » possède une connotation sexuelle ou infantile en français mais elle est largement éclipsée par l'usage festif dans la vie quotidienne. , - "Kanpai !" - L'art de trinquer au Japon
En France, nous levons nos verres en disant "Tchin-tchin", mais au
Japon, la tradition est bien différente.
Les Japonais utilisent le mot "Kanpai" (乾杯), qui signifie littéralement "coupe sèche" ou "boire jusqu'à la dernière goutte".
Ce terme reflète une philosophie plus profonde : au lieu d'un simple tintement de verres, c'est une invitation à partager pleinement le moment présent et à vider son verre ensemble, symbolisant ainsi l'unité et la camaraderie du groupe.
Lors d'un repas japonais, on attend généralement que tout le monde soit servi avant de porter un toast collectif.
Le premier "Kanpai" marque souvent le début officiel du festin, créant un moment de communion autour de la table.
Que ce soit avec du saké, de la bière ou du thé, ce rituel reste inchangé et constitue un élément essentiel de l'étiquette sociale japonaise.
N'oubliez pas : pas de "tchin-tchin", mais un énergique "Kanpai !"
- 🚫 Règle n°1 : Le tatami est une zone démilitarisée (et anti-bisous) Que votre partenaire soit un Sensei à la barbe de trois mois, un ceinture noire en pleine forme, ou un débutant timide : on ne fait pas la bise sur le tatami. Le tatami est un espace sacré, dédié au travail, à la concentration et au respect. Si vous tentez d'attraper la joue de votre uke pour lui faire la bise avant le cours, vous ne recevrez pas un "bonjour", mais un magnifique irimi nage qui vous ramènera directement à la réalité. Le salut se fait debout (ritsurei) ou à genoux (zarei), pas lèvres serrées.
- Règle n°2 : La bise n'est pas une technique de base (et le consentement, c'est sacré) Soyons clairs : rien, absolument rien dans le programme du Hombu Dojo ne vous oblige à coller votre joue contre celle de votre prochain. Dans notre société, cette "bise protocolaire" faite à tout le monde est devenue un casse-tête (une, deux, trois ? on commence par quelle joue ?). Pire, dans l'esprit de beaucoup de pratiquantes (et pratiquants), cette intrusion dans la bulle personnelle est mal vécue. En Aïkido, nous travaillons sur le respect de l'autre et la perception de la distance (ma-ai). Si votre partenaire recule d'un pas ou tend une main ferme pour une poignée de main, c'est qu'il/elle a dressé son bouclier anti-bisou. Respectez son ma-ai ! De plus, après deux heures de keiko intensif, on vous épargnera le détail olfactif...
- Règle n°3 : Comprendre l'esprit du Budo (Le choc culturel japonais) L'Aïkido est un art martial japonais (Budo). Pour en comprendre l'essence, il faut en accepter la culture. La perception du baiser au Japon est radicalement différente de nos habitudes occidentales : Une intimité absolue : Au Japon, le baiser sur la bouche n'est pas une formule de politesse. C'est un acte d'une intimité extrême, réservé à la sphère strictement privée et au couple. Zéro PDA (Public Display of Affection) : Les démonstrations publiques d'affection sont très mal vues. Si vous vous embrassez langoureusement sous un cerisier en fleurs à Tokyo, vous ne pratiquerez pas "l'Aïkido de l'Amour Universel" cher à O Sensei, mais plutôt "l'Aïkido de la Fuite devant les regards réprobateurs".
- La parade ultime : Le Salut (Rei)
La bonne nouvelle, c'est que les Japonais ont codifié l'arme absolue
pour éviter les bisous gênants tout en cultivant l'humilité et le
respect :
le salut (l'inclinaison du buste).
C'est la technique parfaite :
- Elle centre l'esprit et prépare au mouvement.
- Elle marque le respect envers le partenaire et le dojo.
- Surtout, plus vous vous inclinez, plus vous éloignez votre visage de la zone de tir des bisous baveux. C'est le ma-ai définitif contre les contacts non désirés !
-
Comment Mettre en Pratique le Reishiki Dès Votre Prochain Cours : Plan d'Action Concret
-
Pour le débutant : les trois priorités absolues
- Observez avant d'agir :
lors de vos premiers cours, imitez le placement et les saluts des
gradés.
C'est la forme la plus ancienne d'apprentissage japonaise. - Mémorisez le trio de base : salut à l'entrée, salut au professeur, salut au partenaire. Le reste viendra.
- Soyez ponctuel et propre : ces deux réflexes couvrent 80 % du reishiki.
- Observez avant d'agir :
lors de vos premiers cours, imitez le placement et les saluts des
gradés.
-
Pour le pratiquant confirmé : incarner l'exemple
-
Le gradé est le reishiki vivant du dojo.
Un sempai ponctuel, soigné, silencieux et bienveillant enseigne l'étiquette mieux que n'importe quel discours.- Prenez un débutant sous votre aile : lui montrer le reishiki, c'est le consolider en vous.
-
Le Reishiki, Votre Allié Secret de Progression
-
- Le reishiki n'est pas une liste d'interdits :
c'est une grammaire du respect qui transforme chaque geste en
apprentissage.
Du seuil du dojo au dernier salut, chaque instant devient une occasion de s'affiner.
Les plus grands maîtres sont aussi ceux qui saluent avec le plus de sincérité. -
Dès votre prochain cours,
entrez dans le dojo comme on entre dans un lieu précieux — parce que
c'en est un.
Respectez, appliquez, incarnez le reishiki, et il vous le rendra : en technique, en humilité, en maîtrise de vous-même.
C'est là que commence votre véritable progression en aïkido.
- Le reishiki n'est pas une liste d'interdits :
c'est une grammaire du respect qui transforme chaque geste en
apprentissage.
Pourquoi on ne s'embrasse pas sur le tatami :
Avant de vous lancer dans votre premier ukemi, parlons d'une règle d'étiquette absolue, souvent mal comprise par les nouveaux venus, mais qui garantit l'harmonie du groupe : la gestion des bisous.
L'Aïkido traditionnel n'est pas l'"Aïk-bisou". Voici pourquoi vos lèvres doivent rester fermées une fois les pieds sur le tapis.